« L’économie n’est pas un outil pour penser le monde tel qu’il est » : rencontre avec Esther Duflo et Abhijit Banerjee

Comment penser la pauvreté en économie ? Depuis les premières tentatives de Smith, qui pensait la pauvreté au prisme de l’histoire des nations, et surtout de Malthus, qui la liait aux problèmes causés par l’insuffisance des ressources, jusqu’aux réflexions contemporaines analysant l’aide au développement, les pistes sont nombreuses. Mais les plus audacieuses sont sûrement tracées par Esther Duflo et Abhijit Banerjee, deux économistes mondialement reconnus, spécialistes de l’économie de la pauvreté et professeurs au MIT.  En 2003, ils ont fondé avec Sendhil Mullainathan le Abdul Latif Jameel Poverty Action Lab, ou J-PAL, un laboratoire de recherche en économie dont l’objectif est de « lutter contre la pauvreté en veillant à ce que les politiques sociales s’appuient sur des preuves scientifiques », comme le précise le site du laboratoire. La lutte contre la pauvreté ne doit pas, selon les trois économistes, céder aux « bons sentiments » en promouvant des politiques qui semblent moralement plus justes mais sont en fait inefficaces ;  d’autre part, les politiques menées ne peuvent consister en une simple aide monétaire aux pays ou en la promotion simpliste de la création et de la libéralisation des marchés.

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« Celui à qui l’on a vendu l’austérité et qui constate une dégradation des services publics se dit qu’on lui raconte des cracks » – Economens a interviewé P. Waechter

Philippe Waechter est directeur de la recherche économique chez Natixis Asset Management. Économiste de formation, il enseigne également à l’ENS Cachan ; il s’intéresse dans ses articles aux dynamiques macroéconomiques de l’emploi et des revenus.

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Pour ce dernier article avant la pause estivale, Nicolas Krakovitch et Linus Bleistein, élèves au département d’économie de l’ENS Ulm, l’ont rencontré le 6 juillet 2017 dans les locaux de Natixis du XIIIe arrondissement (Paris), pour discuter de la crise populiste, de sa vision de l’économie et du métier de chercheur en banque.

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Le fonctionnaire est-il un gaz parfait?

« On se plaint sans cesse de ce que nous manquions d’hommes pratiques; on dit que nous avons, par exemple, beaucoup d’hommes politiques, et que toutes sortes d’administrateurs, on en trouve autant qu’on veut. On dit même qu’il est absolument impossible d’établir une administration tant soit peu convenable dans une quelconque compagnie de navigation. (…) Il semblerait qu’il y en a tellement, des services dans les administrations publiques, que cela fait peur rien que d’y songer; tout le monde a été, est, ou compte devenir fonctionnaire. »

– Dostoïevski, L’Idiot, III, 1

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Les petites histoires font les grandes crises

 

Que vous soyez économiste ou non, vous avez entendu parler de la crise de 2007. Vous connaissez des histoires, des anecdotes, des « légendes urbaines » qui en exemplifient les mécanismes : celles de traders qui spéculent de manière excessive, de familles américaines mises à la rue, de banques malhonnêtes. Vous connaissez d’autres crises et phénomènes économiques à travers d’autres récits. La crise de l’Etat providence et de l’endettement public vous rappelle cette histoire du fonctionnaire de Sainte-Savine payé « à ne rien faire ». En pensant aux inégalités, c’est peut-être la fameuse étude d’Oxfam qui vous revient à l’esprit – huit personnes possèderaient autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. Et lorsqu’on vous demande quelle part de la population française est de confession musulmane, vous êtes susceptible de donner une réponse proche des 30% (comme le Français moyen).

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La peur des réfugiés ne peut pas être une politique

            « 1 million de chômeurs, c’est 1 million d’immigrés de trop ! La France et les Français d’abord ! », pouvait-on lire sur une célèbre affiche du Front national lors des législatives de 1978. Alors même que la « crise des réfugiés » qu’évoquent les media contemporains n’est pas totalement analogue à la situation de la France de la fin des Trente Glorieuses, les reproches adressés aux réfugiés, et plus généralement aux migrants, ont peu changé : ils prendraient le travail des nationaux, accroîtraient le sentiment d’insécurité chez ceux-ci et abuseraient de la bienveillance de l’État-providence. Frayant son chemin dans cette forêt de mythes et de fantasmes, l’économiste essaie de cerner les effets de l’afflux de réfugiés sur l’activité économique et les finances publiques des pays qui y font face, à court terme comme à long terme.

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